Une entreprise qui vend la santé et le bien-être… mais épuise ses propres équipes
Avantages
Quelques collègues et certains managers humains essaient sincèrement de soutenir leurs équipes malgré un contexte devenu extrêmement difficile. Mission de santé intéressante sur le papier et environnement où l’on apprend vite à gérer la pression, les urgences et la polyvalence. Les équipes terrain font souvent preuve d’une solidarité impressionnante pour compenser les énormes dysfonctionnements organisationnels.
Inconvénients
Mon expérience chez Qare a été profondément destructrice humainement. Ce qui choque le plus reste l’écart immense entre les discours de l’entreprise et la réalité vécue par beaucoup de salariés au quotidien. À la base, nous sommes censés porter des sujets liés à la santé, au soin, à la prévention et au bien-être. L’entreprise communique énormément autour de la santé mentale, du bien-être psychologique et de programmes comme “Shape & Mind”, avec des discours permanents sur l’équilibre et “l’humain au centre”. Mais en interne, beaucoup de salariés vivent exactement l’inverse. Des formations PSSM et des discours entiers sur la prévention psychologique sont organisés pendant que, dans les faits, des salariés finissent épuisés, démotivés, en détresse psychologique ou totalement désengagés dans une indifférence devenue presque normale. Le plus dérangeant est probablement l’utilisation permanente des valeurs liées au soin, à la santé et à l’humain pour demander toujours plus d’implication émotionnelle aux salariés, alors que beaucoup finissent eux-mêmes mentalement épuisés. Travailler dans la santé ne devrait pas signifier sacrifier la santé mentale de ceux qui font tourner l’entreprise au quotidien. Le management est extrêmement inégal et parfois profondément toxique : * pression constante, * favoritisme, * communication passive-agressive, * absence d’écoute réelle, * absence de remise en question de certains comportements dénoncés depuis longtemps, * culture où remonter les problèmes finit parfois par devenir plus risqué que de se taire. Le plus choquant reste le sentiment d’impunité autour de certaines personnes. Des profils largement critiqués en interne pour leur comportement ou le climat qu’ils créent semblent totalement protégés et intouchables, pendant que des managers réellement humains, présents pour leurs équipes et appréciés sur le terrain ont été écartés ou poussés dehors. Cela crée une impression extrêmement amère : ceux qui essaient sincèrement de protéger les équipes finissent usés ou remplacés, pendant que certains comportements problématiques restent tolérés pendant des années. Beaucoup de salariés comprennent progressivement qu’il vaut mieux se taire que parler. Même lorsqu’il y a des alertes, des remontées sérieuses ou des salariés qui prennent le risque de signaler des situations préoccupantes, le sentiment dominant est celui d’un mur. Les problèmes semblent connus mais tolérés tant qu’ils ne créent pas un risque visible pour l’image de l’entreprise. Beaucoup ont également perdu confiance dans les RH, la direction et même dans le CSE, avec le sentiment que certaines situations dénoncées depuis longtemps ne font jamais réellement bouger les choses. Les dispositifs censés protéger ou représenter les salariés donnent parfois l’impression d’être purement symboliques lorsque les problèmes concernent certaines personnes ou certains équilibres internes. La communication interne donne souvent le sentiment d’être davantage construite pour contrôler le narratif que pour reconnaître honnêtement les difficultés vécues sur le terrain. Beaucoup de salariés ont le sentiment que l’entreprise préfère gérer les conséquences visibles des problèmes plutôt que leurs causes profondes. Plus le temps passe, plus l’impression d’un système à deux vitesses s’installe : certains salariés semblent remplaçables du jour au lendemain pendant que d’autres paraissent protégés quelles que soient les remontées faites à leur sujet. Les restructurations successives, suppressions de postes et licenciements intervenus avant même le PSE ont profondément détérioré le climat interne. Beaucoup ont compris à ce moment-là que derrière les discours rassurants, personne n’était réellement en sécurité. Les restructurations permanentes ont créé un climat de peur silencieux où beaucoup évitent désormais de parler ouvertement. Le turnover important est devenu presque banal. Beaucoup de salariés partent fatigués, écœurés ou totalement cassés mentalement après avoir essayé de tenir pendant des mois dans un environnement devenu anxiogène. Beaucoup ne quittent pas l’entreprise parce qu’ils ont trouvé mieux, mais parce qu’ils arrivent à un niveau d’usure mentale où rester devient impossible. Les salaires sont loin d’être à la hauteur du niveau d’exigence demandé. On attend des salariés qu’ils soient : * ultra polyvalents, * émotionnellement solides, * toujours disponibles, * capables d’absorber tous les dysfonctionnements, * rapides, * flexibles, * autonomes, * et capables de supporter une pression constante sans reconnaissance réelle derrière. Même les sujets administratifs ou liés à la paie deviennent parfois des parcours épuisants où il faut relancer encore et encore pour obtenir des réponses claires ou certaines régularisations. L’organisation globale est chaotique : * restructurations permanentes, * changements incessants, * process qui changent sans arrêt, * consignes contradictoires, * décisions prises dans l’urgence, * absence de vision claire, * communication corporate déconnectée du terrain. Le terme “agilité” semble parfois surtout servir à justifier une instabilité chronique imposée aux équipes. Les équipes opérationnelles absorbent une charge énorme pendant que certaines décisions semblent prises très loin de la réalité vécue quotidiennement. Le plus inquiétant, c’est que certains problèmes semblent désormais tellement installés qu’ils sont presque devenus normaux : * surcharge chronique, * désorganisation permanente, * fatigue mentale généralisée, * perte de sens, * perte de confiance envers la direction, * et sentiment croissant d’être facilement remplaçable. À certains moments, on a davantage l’impression d’être une ressource jetable qu’un être humain réellement considéré. Ce qui choque le plus n’est même plus la désorganisation, mais le fait qu’elle semble avoir été acceptée comme normale à tous les niveaux. La seule raison pour laquelle certaines équipes tiennent encore, ce sont les collègues qui se soutiennent entre eux malgré tout. Certainement pas l’organisation elle-même. Le plus triste, c’est qu’il y avait un vrai potentiel humain et une mission de santé intéressante à la base. Mais à force de privilégier les KPIs, la communication externe, les restructurations permanentes et les équilibres politiques internes au détriment des équipes terrain, beaucoup ont fini par perdre totalement confiance.